Comprendre - Le Système d'Information de Type SAAS

Posted on Aug 22, 2015 by Administrator

Le Système d'Information opéré en tant que Système comme Service (System As A Service, en anglais -> SAAS) est très facile à définir et, habituellement, un peu plus délicat à industrialiser :

 

Définition

le SAAS est une architecture du Système d'Information Distribué par Composants (clients et serveurs) permettant de partager les ressources d'une installation unique entre de multiples utilisateurs (personnes physiques, associations, entreprises, services publics,...), chacun étant autorisé à y accéder et à l'exploiter comme s'il en était l'usager exclusif.

  1. - Avantage 1 : le Système d'Information industrialisé en mode SAAS permet, à minima, de mutualiser les ressources déployées entre plusieurs centaines de solutions clientes, chacune étant accessible à des dizaines, voire des centaines, de milliers d'utilisateurs, l'accès de chacun aux ressources lui revenant se faisant par une authentification discrète des applications clientes (Web, RIA, Mobile) mises à sa disposition, ceci à chaque fois qu'elles se connectent aux ressources serveur du SAAS.
  2. - Avantage 2 : le Système d'Information industrialisé en mode SAAS permet d'éviter le développement et la maintenance de solutions, pour l'essentiel, identiques et dupliquées à l'infini, chaque fois qu'un nouvel client sollicite son prestataire informatique en ce sens.
  3. - Avantage 3 : chacun des usagers du SAAS n'exploitant qu'une fraction limitée à ses propres besoins des capacités de traitement de l'information déployées, il y accède en mode loué à raison de la seule consommation qu'il fait des ressources partagées avec tous les autres clients du système.
  4. - Avantage 4 : la création des nouveaux comptes-clients du SAAS s'effectue en mode 100% automatique à partir de la console d'administration réservée à l'exploitant propriétaire-loueur du service, cette intervention consistant à initialiser, sur le serveur de données ACID-SQL, la série de tables dédiées à l'usage exclusif du nouveau client, ceci par simple duplication d'une matrice préformatée disponible à cet effet.
  5. - Avantage 5 : le modèle loué constituant la colonne vertébrale du modèle économique opéré par le propriétaire du SAAS, chaque client dispose d'un moyen de pression légitime et permanent sur sur le fournisseur du service : son niveau de satisfaction immédiat et continu dans le temps. A défaut, il reste à tout instant ou presque libre de dénoncer le contrat pour aller voir ailleurs.
  6. - Avantage 6 : l'exploitant du SAAS industrialise, sécurise et assure la maintenance fonctionnelle et évolutive d'un Système d'Information unique, cette approche logique et économique lui permettant, tout en même temps, de mutualiser le coût d'exploitation de la solution en le répartissant entre l'ensemble de ses utilisateurs et, de garantir à chacun que toute amélioration apportée au système, au fil du temps, benéficie à tous sans discrimination, dès lors qu'elle est publiée.

 

Industrialisation

Différentes approches (architecture, modélisation, développement) du SI déployé en mode SAAS ont été proposées au fil du temps depuis le milieu des années 80. Les enjeux de politique commerciale ont très vite pris l'ascendant sur les contraintes techniques.

Sur le terrain du génie logiciel, deux approches assez diamétralement opposées se sont dégagées au tournant du siècle avec la victoire des serveurs httpd (Internet, VPN) sur les mainframes (Telnet, Minitel,...) :

 

Penser peu et marcher beaucoup !

La stratégie du nez dans le guidon : nombre de SAAS ont été pensés à très courte vue. Dans ce contexte, on a demandé à des informaticiens de prendre pour base de travail des systèmes d'information non-SAAS exisants et de coder une simple sur-couche capable de servir de frontal d'initialisation automatique à autant de nouvelles instances du système d'information non-SAAS qu'il y a de nouveaux clients à enrôler dans le système.

Ce mécanisme, "confédéral" dans son essence, se contente de juxtaposer autant d'instances distinctes d'un système d'information complet sans proposer aucun autre avantage que celui de l'automatisation de l'initialisation de chacune d'entre elles.

Cette fausse approche du modèle SAAS ne garantit en rien la cohérance ou la permanence du code propre à chaque instance, chacune pouvant, au fil du temps, dériver selon la sérialisation aléatoire des bugs qu'elle rencontre au fil de son utilisation spécifique (erreurs réseau et/ou d'opérations d'utilisation courante).

Ces systèmes, peu fiables dans leur essence propre, ont permis de constituer des offres commerciales à forte valeur d'échange et faible valeur d'usage, principalement destinées à permettre aux loueurs de ces demi-SAAS de constituer leurs offres dans de très courts délais de time2market.

Les clients de ces solutions finissent généralement par s'en détourner assez rapidement (quelques années au plus).

De tels systèmes sont disponibles dans la plupart des segments dédiés à la gestion de l'entreprise (PME), de l'ERP/CRM au CMS/Intranet/Extranet et du portail de commerce digital au gestionnaire d'enquêtes en ligne, ceci à l'exception notable de la gestion de la chaîne logistique, dès lors que celle-ci est déléguée à un tiers-opérateur spécialisé.

Les faiblesses critiques de ces demi-SAAS sont, pour l'essentiel, de deux ordres : 1.- une très dispendieuse gestion des ressources serveur, chaque instance consommant ses propres ressources mémoire et processeur ; 2.- l'incapacité dans laquelle se trouve le loueur de proposer un contrôle de qualité étendu au bon fonctionnement de chacune des instances opérées, ce qui lui interdit de garantir à ses clients une qualité de service incluant une info-gérance 0 défauts et un uptime de 99.99% du système loué.

 

Composer fin et coder en gants blancs !

Les opérateurs en capacité de louer des SAAS fiables, économiques et parfaitement sécurisés choisissent toujours de les modéliser et de les coder : 1.- from scratch ; 2.- en programmation fonctionnelle.

Ces deux préalables leur permettent de garantir à leurs clients une qualité de service incluant toutes les opérations de maintenance technique et fonctionnelle se rapportant au système, ceci de manière unifiée, ascendante (versioning), parfaitement scalable et sécurisée, tous les clients du système ayant automatiquement accès au différentes évolutions de manière tout à fait transparente, à l'instant où elles sont publiées.

Pour l'opérateur SAAS, cette approche méthodologique lui permet de penser le système global comme un système d'information unique avec toutes les libertés qui s'y rattachent en termes d'économie de moyens (ressources mémoire, processeur, transactions ACID-SQL) et d'infogérance globale et hautement sécurisée.

Cette approche sera, dès lors qu'elle met en oeuvre une architecture modélisée et codée en programmation fonctionnelle, généralement moins coûteuse à industrialiser et à amortir dans la durée que les solutions de type "demi-SAAS" évoquées plus haut.

Les grandes écoles d'ingénieurs et les universités les plus prestigieuses n'ont, jusqu'ici, jamais été encouragées à divulguer les clés du génie logiciel se rapportant au modèle SAAS, les Google, Apple, FaceBook, Amazon, IBM, Oracle et autres grands loueurs de solutions SAAS espérant se réserver, aussi longtemps que possible, tout l'avantage de différenciation compétitive d'un modèle économique et logiciel qui constitue - rien moins que - l'essentiel de leur fonds de commerce.

L'industrialisation généralisée du modèle SAAS est en train de passer par les trois phases habituelles propres à toute innovation majeure : le rejet de la pertinence du modèle, la peur des changements qu'il conditionne, l'acceptation généralisée des atouts qu'il procure.

Après avoir fait la fortune des opérateurs historiques précités, le modèle SAAS - conceptuellement simple et appropriable - entrera, tôt ou tard et le plus tôt serait le mieux, dans le spectre d'intervention et de compétence des SSII et ESN de toutes tailles capables de se projeter utilement à la rencontre des besoins légitimes de leurs clients.

Martin Odersky (EPFL, Scala) travaille très activement en ce sens. Il n'est pas le seul, certes, mais son engagement permet à chacun(e) de comprendre que c'est à la bascule des technologies orientées "Intégration & Régie" (POO) et "Développement Direct & Distribution en Mode Loué" (PF) que se jouent les défis de la diffusion à grande échelle des systèmes de mutualisation massive des ressources informatiques en mode SAAS.